1544 euros brut mensuels pour débuter, 40 ans de carrière pour atteindre un sommet parfois décevant : voilà le portrait sans fard d’une grande partie des agents de la fonction publique territoriale. Depuis le lancement du PPCR en 2016, le paysage salarial a bougé, mais pas toujours dans le sens attendu. Certains y voient un tremplin, d’autres un plafond de verre. L’horizon 2026 promet de nouvelles secousses, et chacun retient son souffle.
Comprendre les grilles de rémunération dans la fonction publique territoriale : état des lieux et enjeux actuels
Au cœur de la fonction publique territoriale, les grilles indiciaires dessinent un cadre précis pour la rémunération des agents. Réparties selon trois catégories, A, B et C, elles s’appuient sur un point d’indice, lui-même fixé par décret et actualisé régulièrement au journal officiel. Ce point d’indice, pivot des négociations entre syndicats et employeurs territoriaux, conditionne l’évolution des salaires et reste l’objet de toutes les attentions.
Mais sur le terrain, la mécanique se grippe parfois. Selon la filière ou la collectivité, la progression n’a rien d’automatique. Certains avancent à la faveur du tableau d’avancement et d’une évaluation professionnelle favorable. D’autres, surtout dans les premiers grades, voient leurs efforts freinés par un effet d’écrasement du bas de la grille, accentué par la montée du SMIC et une inflation persistante. Résultat : les ajustements successifs bénéficient davantage aux débuts de carrière, au risque de décourager ceux qui cumulent les années d’expérience.
Face à cette réalité, le dialogue social se tend. Les syndicats dénoncent la perte de reconnaissance, notamment pour les agents de catégorie C et pour les métiers techniques ou sociaux. Les collectivités, elles, jonglent entre maîtrise budgétaire et impératif de fidélisation. La gestion RH devient un exercice d’équilibriste, chaque décision impactant durablement la motivation des équipes.
Dans ce climat, les agents réclament plus de clarté sur les critères de promotion, une vraie prise en compte du parcours professionnel et une adaptation des grilles à la complexité du service public local. La révision des grilles indiciaires s’impose alors comme un chantier attendu, porteur d’exigence mais aussi d’espoir pour des milliers de fonctionnaires territoriaux.
PPCR et perspectives 2026 : quelles évolutions concrètes pour les agents territoriaux ?
L’heure est à la négociation. Le PPCR, déjà passé par là en 2016, prépare son grand retour avec le décret n°2025-1098 du 19 novembre 2025. Derrière ce texte en préparation, une ambition : revisiter en profondeur les modalités de carrière et de rémunération. Les syndicats, en première ligne, portent des revendications précises. Le ratio promus/promouvables et la fameuse « règle du quart » sont sur la sellette, tandis qu’au Conseil supérieur de la fonction publique territoriale, Philippe Laurent orchestre des échanges nourris, avec la FA-FPT et la FSU Territoriale en acteurs majeurs.
Plusieurs changements sont sur la table. Voici les principaux volets annoncés :
- Suppression du quota minimal d’avancement par voie : cette mesure attendue devrait améliorer les perspectives de mobilité pour les attachés d’administration et les adjoints administratifs, longtemps contraints par des plafonds rigides.
- Révision du décret n°2010-329 : pour accompagner la mobilité interne, permettre des passages plus fluides entre attaché principal, attaché hors classe, ou encore secrétaire administratif de classe supérieure.
Mais la réforme ne se limite pas à la technique des grilles. Le calendrier se joue aussi sur le terrain politique. Le projet de loi de finances 2026 devra trancher sur les moyens accordés. David Amiel, rapporteur du texte, insiste sur l’intégration de l’égalité professionnelle et sur la traduction concrète de la loi relative à l’égalité femmes-hommes dans toutes les strates, collectivités, établissements publics, services déconcentrés.
Les syndicats, eux, attendent des réponses sur des sujets très concrets : congés annuels, aménagement du temps de travail, reconnaissance des parcours atypiques, notamment pour les contractuels. L’enjeu n’est plus seulement de réécrire une grille, mais de transformer en profondeur la gestion des ressources humaines et la capacité du service public territorial à attirer, reconnaître et retenir les talents.
Demain, chaque agent pourra-t-il envisager sa carrière sans craindre l’essoufflement ni le sentiment d’injustice ? Si la réforme va au bout de ses promesses, c’est tout le visage de la fonction publique territoriale qui pourrait s’en trouver changé.


